jeudi 29 septembre 2022

IVG : le droit à l'interruption volontaire de grossesse en France

Avorter n’est pas une plaisanterie
Auteur : Abigaïl Bassac
https://www.evangile-et-liberte.net/2018/11/avorter-nest-pas-une-plaisanterie/


Sur les réseaux sociaux, l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) suscite des affrontements entre militants anti-IVG agressifs qui évoquent le « génocide » des bébés et féministes outranciers qui parlent de l’IVG comme d’« un truc banal et dont on peut plaisanter ». 

Une bande dessinée affirme qu’il ne faut pas « faire un fromage » des 200 000 IVG pratiquées en France chaque année. L’IVG n’est ni un génocide, ni une plaisanterie. Les femmes qui veulent avorter avortent, et lorsque cela est illégal, dans des conditions telles qu’elles y risquent leur vie. L’IVG doit donc être légale, les premières semaines de grossesse, afin d’éviter que des femmes meurent. Mais ce n’est pas pour autant un « truc banal ». J’ai lu sur Twitter cette phrase d’une femme s’apprêtant à avorter : « J’ai zéro culpabilité à l’idée d’avorter. Beaucoup plus à l’idée de manquer le taf. MDR. [NDLR : Mort De Rire] » 

Être absent au travail serait donc plus grave qu’interrompre une grossesse ? Certainement pas. Que les femmes qui avortent ne portent pas une culpabilité qui les entrave pour la suite de leur vie, c’est souhaitable pour elles, mais que cet acte soit fait sans gravité ne l’est pas. Une vie en devenir qui aurait pu être ne sera pas. Il n’y a là rien de drôle qui pourrait faire l’objet d’une plaisanterie. 

Si une femme veut avorter, elle doit pouvoir le faire sans risquer une septicémie. Non pas parce que son corps lui appartiendrait, car quand une femme est enceinte, non, elle n’est plus réellement seule dans son corps, mais parce qu’elle doit pouvoir évaluer si elle et son compagnon peuvent réellement accueillir l’enfant potentiel dans leur monde. L’embryon n’est pas pour autant un « alien », « un tas de cellules » ou une « saloperie », c’est le résultat d’une relation sexuelle, la plupart du temps librement consentie, et c’est un début de vie qui nous dépasse.

Un acte n’a pas à être dénué de sens et de poids pour être posé et assumé. Dans une époque où le divertissement règne, il est malvenu de le rappeler, mais la vie humaine comporte des aspects tragiques. Ne nous aveuglons pas, osons nous tenir debout face à cette réalité, même si elle est effrayante. Nous sommes des adultes, libres et responsables.

Interruption volontaire de grossesse en France
https://fr.wikipedia.org/wiki/Interruption_volontaire_de_grossesse_en_France



LE DISCOURS DE SIMONE VEIL EN 1974 À L'ASSEMBLÉE NATIONALE https://www.bfmtv.com/politique/texte-le-discours-de-simone-veil-en-1974-a-l-assemblee-nationale_AN-201706300041.html


Vie Publique
https://www.vie-publique.fr/discours-dans-lactualite/286429-interruption-volontaire-de-grossesse-les-discours-publics-sur-livg
Discours dans l'actualité
IVG : le droit à l'interruption volontaire de grossesse dans les discours publics



IVG le point de vue des protestants 
 Claire Bernole 31/05/2018

Claire Bernole, journaliste à Réforme

Les protestantes et protestants ont joué un rôle essentiel dans le combat historique sur l’avortement et continuent de débattre.

En France, les protestantes ont soutenu de manière décisive la légalisation de la contraception et de l’avortement. « Les femmes protestantes ont été sur-représentées dès la création des mouvements féministes, c’est-à-dire dès la fin du XIXe siècle, rappelle Sylvie Chaperon, historienne. Les protestants font partie de cette frange laïque et progressiste de la société. » Il ne faut pas imaginer pour autant les protestantes – d’ailleurs accompagnées par la Grande Loge féminine de France et quelques francs-maçons hommes – en « pasionarias » de la lutte féministe.
Contraception et avortement

Le débat sur l’avortement a été précédé d’une montée en puissance progressive des questions autour des droits des femmes. D’abord pour défendre l’accès à la contraception puis pour une éducation globale à la sexualité intégrant les revendications des femmes. Ces revendications sont portées par la Maternité heureuse puis par le Mouvement français pour le planning familial (MFPF), qui lui a succédé, ainsi que par le mouvement Jeunes Femmes, rattaché au protestantisme. Ce mouvement a accompagné l’essor du planning familial. « Le protestantisme, qui a beaucoup évolué sur l’IVG, visait la responsabilité humaine. Nous organisions des études bibliques et à l’aide d’intellectuels, de théologiens, nous réinterprétions les textes dans le sens de l’égalité femmes/hommes, même si nous n’en parlions pas en ces termes », raconte Christiane Delteil, participante du groupe Jeunes Femmes de Saint-Jean-du-Gard dès 1967.

Pourtant, si l’Église réformée aide le mouvement par ses prises de position, des freins subsistent. « Les femmes étaient posées comme objet de discours, certes, mais pas en tant que participantes à l’Église. Même si elles pouvaient être pasteurs et même si sur ce point les protestants étaient en avance dans la chrétienté, c’était un combat. Nous étions donc en lutte contre des pesanteurs et des institutions qu’il fallait bousculer », poursuit Christiane Delteil. Aussi, en 1971, de nouveaux statuts détachent officiellement le mouvement de l’Église, même si l’influence du protestantisme demeure.

Finalement, lors du 10e congrès du MFPF, en 1973, le féminisme est intégré aux statuts. La protestante Simone Iff incarnera cette nouvelle ligne favorable à la libéralisation de l’avortement. Mais devant la sourde oreille des politiques, le combat pour la contraception se radicalise.

Dès 1960, les centres de plannings familiaux n’attendent plus la libéralisation de la contraception pour distribuer la pilule à leurs adhérentes. Le combat pour l’avortement suivra le même chemin. En 1973 toujours, le planning familial rejoint la revendication du MLF, qui réclame le droit à l’avortement depuis trois ans. C’est alors la création du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, qui milite pour l’avortement libre (des voyages sont organisés pour aller avorter à l’étranger ou des avortements ont lieu par aspiration).

Le sujet, qui divisait déjà au sein des groupes locaux du mouvement Jeunes Femmes, devient plus clivant. Parmi ces groupes, qui ont toujours eu vocation à accueillir des femmes indépendamment de toute confession, certaines partent. Des catholiques, mais pas toutes et pas seulement. En fait, il semble très difficile de penser la place de la femme avec recul, sans que son rôle de mère ne la dimensionne d’emblée. Dans les plannings familiaux non plus, tout le monde n’est pas d’accord. À Toulouse, par exemple, le premier planning fondé très tôt, dans les années 1960, se montre modéré lors de la radicalisation en faveur de l’avortement, et se fait doubler par un deuxième planning.

« On était, on est encore, dans un système très patriarcal, perpétué par les mentalités. Les femmes se culpabilisaient quant à l’avortement, leur corps ne leur appartenait pas, finalement », explique Christiane Delteil en insistant sur l’enjeu politique que représente le corps féminin.
Un débat qui divise

« C’était une conception validée par une certaine lecture de la Bible, ce qui rendait toute discussion impossible pour certaines », se souvient-elle. Néanmoins, un véritable travail de réflexion est mené à l’échelle nationale, régionale, locale, et le mouvement Jeunes Femmes se montre partisan de la loi Veil, lors du vote, en 1975. « Il y avait réellement une volonté de changer les mentalités », estime-t-elle.

Aujourd’hui encore, et au sein même du protestantisme, le débat n’est pas clos. En cause, le statut de l’embryon. « Est-ce que l’acte [l’avortement], quelles que soient ses motivations et il y en a de très légitimes, est l’élimination de quelques cellules ou d’une personne humaine en devenir ? », interroge Louis Schweitzer, pasteur baptiste et membre de la commission d’éthique protestante évangélique.

Si certains protestants évangéliques peuvent être ouverts à l’IVG dans les cas où la femme se retrouve en grande détresse, cela implique de tout mettre en œuvre pour que ces situations se raréfient. Car « avorter est toujours un drame », comme le soulignent nos interlocuteurs. Or, « malgré le développement de la contraception, le taux d’IVG reste stable », pointe Louis Schweitzer.
Droit, éthique et information

Et de regretter que « la notion de détresse ait peu à peu disparu des textes pour que l’avortement ne soit plus qu’un droit de la personne. Ceci est symptomatique des lois qu’on veut faire passer grâce à un emballage dont on sait qu’il va se dissoudre au bout de quelques années ». Une fois un moindre mal accepté, il devient un bien et la société ne fait plus l’effort d’avancer vers d’autres solutions.

Samuel Amédro, pasteur de l’Église protestante unie et théologien, nuance : « Certaines femmes vont utiliser cet outil comme un moyen de préserver leur confort, d’autres sont dans la détresse dans laquelle les laisse des hommes lâches ou violeurs. Tout est possible… » Mais selon ce pasteur, l’enjeu n’est pas de cautionner l’IVG en tant que telle. Il est d’accompagner les personnes. « Comment sommes-nous présents à elles, comment Jésus Christ les rejoint-il ? Cela peut changer leur manière de penser et de voir. »

Pas de réponse de principe qui vaille face à une variété de situations. À chacun de décider sans instrumentaliser le texte biblique ni se retrancher derrière la volonté de Dieu, mais en étant pleinement conscient et responsable. D’autant que directement concerné par une difficulté, tout être humain est susceptible de suivre un autre chemin que celui dicté par sa position de départ. « S’il y a une éthique protestante, c’est d’aider les gens à être debout dans leur décision », résume Samuel Amédro. Et son confrère Louis Schweitzer de conclure qu’« on peut avoir une conviction profonde en tant que chrétien et comprendre, en même temps, qu’on ne peut pas imposer cette conviction à une société qui ne la partage pas ».

Encore aujourd’hui, les droits des femmes, dont l’avortement fait partie mais auxquels ils ne se résument pas, restent à défendre. Contre une domination masculine, que les femmes alimentent parfois, même inconsciemment, et contre les femmes elles-mêmes qui peinent à prendre toute leur place. Quant à l’avortement, s’il reste à défendre contre l’ignorance, voire la désinformation exercée par certains lobbies, il demeure le dernier recours, tant il faut encourager la contraception, trop souvent négligée.


Un œil libéral sur l’IVG
https://www.evangile-et-liberte.net/2022/02/%EF%BB%BFun-oeil-liberal-sur-livg/

L’interruption volontaire de grossesse est un sujet de débat, y compris dans les pays où elle a été légalisée. La pasteure Emmanuelle Jacquat rappelle à la fois qu’il est nécessaire que cet acte soit légal et que son poids devrait nous conduire à épauler les femmes qui le traversent au lieu de détourner les yeux ...