lundi 13 avril 2026

La mission radicale

La mission radicale

Une plongée dans la théologie et la politique


Mes écrits déploient une exploration des territoires où la théologie et la politique se rencontrent, se confrontent et parfois s’interpénètrent. Cette réflexion ne se veut pas un simple exercice académique, mais une plongée existentielle au cœur de l’expérience humaine collective : la quête de sens et l’organisation du vivre-ensemble.

J’y présente la théologie non comme une évasion spirituelle, mais comme un outil de discernement critique des structures politiques. Le concept biblique du Royaume de Dieu y fonctionne comme un principe eschatologique qui relativise toute prétention absolutiste du pouvoir temporel. Cette perspective rejoint la tradition prophétique, refusant la sacralisation du politique tout en maintenant à son égard une exigence éthique radicale.


La théologie de la libération, sans en être l'unique référence, habite l'arrière-plan de cette réflexion – notamment par sa conviction que Dieu prend parti pour les opprimés et que la foi doit se traduire en praxis transformatrice. Mes textes cherchent toutefois à éviter tout réductionnisme, préservant la transcendance tout en l’incarnant dans le souci des plus vulnérables.


Inversement, le politique n’y est jamais envisagé comme un espace « profane » où la foi n’aurait rien à dire. L’organisation de la cité y apparaît comme le champ où se joue une certaine compréhension de l’humain, de sa dignité et de sa vocation. La politique devient ainsi le lieu où s’expérimentent concrètement l’amour du prochain, la justice et la recherche du bien commun.


Dans cette optique, la démocratie n’est pas qu’un système technique de gouvernance : elle est une forme politique qui reconnaît l’égale dignité de chaque personne – reflet d’une anthropologie théologique sous-jacente. La défense des droits humains y trouve ainsi un ancrage qui dépasse le pur contractualisme.


Ces écrits n’éludent pas les tensions inhérentes à cette interface. Comment articuler l’universalité d’un message théologique avec le pluralisme des sociétés modernes ? Comment exercer une parole prophétique sans tomber dans un nouveau cléricalisme politique ? Comment participer à la construction de la cité sans identifier le Royaume de Dieu à un projet politique particulier ?


Ces questions traversent ma réflexion et en constituent la richesse. La réponse semble résider dans une dialectique permanente, qui refuse à la fois la fusion des deux règnes et leur séparation absolue. La foi éclaire la raison politique sans la supplanter ; l’engagement politique manifeste la foi sans la capturer.


Dans le contexte actuel – marqué par la montée des populismes, les crises écologiques et les reconfigurations identitaires –, cette approche offre des ressources précieuses. Elle permet de résister aux instrumentalisations politiques de la religion, tout en reconnaissant l’importance des visions du monde dans l’espace public. Elle invite à un engagement politique nourri par des convictions profondes, tout en respectant l’autonomie des institutions démocratiques.


Au final, mes écrits esquissent les contours d’une citoyenneté responsable, où le croyant participe pleinement à la vie de la cité, porté par une espérance qui le garde à la fois de l’idolâtrie du politique et du désengagement cynique.


Cette « plongée » que je propose n’est pas vers les abysses, mais vers les profondeurs où se forgent les fondements éthiques de notre coexistence. Elle rappelle que la meilleure politique est peut-être celle qui reste ouverte à la question du sens ultime – sans prétendre y répondre de façon définitive et coercitive.


Ma réflexion se veut ainsi une contribution pour tous ceux qui, croyants ou non, cherchent à fonder l’action politique sur une vision substantielle de la dignité humaine, tout en préservant la liberté et le pluralisme essentiels à nos démocraties.


Jorge PinheiroMontpellier, décembre 2025
https://drive.google.com/uc?export=view&id=1p14Z0xVWgadR_TzHaLU82nAKgN5Yvkov

Psaume 23

 «Psaume. De David. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. Il me fait coucher dans de verts pâturages, il me dirige vers des eaux paisibles. Il restaure ma vie, il me conduit sur les sentiers de la justice, à cause de son nom. Même si je marche dans la vallée de l'ombre de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton, voilà mon réconfort. Tu dresses devant moi une table, en face de mes adversaires ; tu enduis ma tête d'huile, ma coupe déborde. Oui, le bonheur et la fidélité m'accompagneront tous les jours de ma vie, et je reviendrai à la maison du Seigneur pour la longueur des jours.» Psaumes 23:1-6.


Prenez un peu de grâce, aujourd'hui.

C’est gratuit !


Le pasteur Baptiste Martin Luther King nous a dit: « Nous ne sommes pas ce que nous voudrions être. Nous ne sommes pas encore ce que nous serons. Mais, grâce à Dieu, nous ne sommes plus ce que nous étions. »


Frères et sœurs, en ce jour, contemplons un trésor.


Un psaume qui traverse les siècles pour toucher l’âme la plus lasse, réchauffer le cœur le plus tourmenté.


Le Psaume 23 nous parle de grâce.


Bien plus qu’une poésie, c’est un témoignage brûlant de la grâce de Dieu, une confession de confiance absolue, une déclaration de dépendance, une carte tracée par la grâce divine pour le voyage de la vie.


La grâce est ce don premier, venu du cœur même de Dieu.


Dans l’Ancien Testament, déjà, le prophète Osée en murmure le mystère. 


La relation entre Osée et la grâce est fondamentale et transformative. Osée n'est pas seulement un prophète qui parle de la grâce ; il en vit le drame dans sa chair. À travers son obéissance et ses souffrances, il révèle un Dieu dont l'amour n'est pas une récompense pour bonne conduite, mais un engagement gratuit, tenace et rédempteur qui précède, accompagne et survit à toute infidélité.


Osée démontre que la grâce de Dieu est un amour prévenant, coûteux, qui prend l'initiative de restaurer une relation brisée, non par obligation, mais par fidélité à Sa propre nature d'amour (ḥesed).


Puis le christianisme en déploie la plénitude. La grâce dans le Nouveau Testament (charis en grec) est le cœur battant du message chrétien. Elle développe, approfondit et accomplit les intuitions des prophètes comme Osée, en les centrant sur la personne et l'œuvre de Jésus-Christ.


C'est le saut conceptuel majeur. La grâce n'est plus seulement une attitude ou une action de Dieu, elle devient une personne.


Jean 1:14-17 le dit explicitement : "Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité... Car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ."


Jésus est la grâce de Dieu en marche : il touche les lépreux, mange avec les pécheurs, pardonne la femme adultère, promet le Paradis au brigand repentant. Chaque geste de miséricorde est une manifestation de la grâce incarnée.


La grâce, ce présent immérité, fruit de la miséricorde et de l’amour du Père, qui pourvoit à nos besoins les plus profonds — pour l’existence comme pour le salut.


Elle relève de Son initiative, même lorsqu’elle répond à notre prière. Elle est faveur pure, offerte à l’humanité sans mérite de sa part.


1. Une déclaration fondamentale


Et voici que la brebis confiante prononce une déclaration fondamentale :


« L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien. »


David, l’auteur, autrefois berger lui-même, sait ce qu’implique cette relation de dépendance, de soin, de direction entre le berger et son troupeau.


Il l’applique à Dieu.


« L’Éternel » — non pas une divinité lointaine, mais le Dieu de l’Alliance, le Je Suis, le Tout-Puissant — « est mon berger ».


C’est personnel.


Ce n’est pas le berger, dans un sens général, c’est mon berger.


Une affirmation d’intimité, de possession confiante.


Et de cette relation jaillit une sécurité absolue :


« Je ne manquerai de rien ».


Non pas l’absence d’épreuves, mais la certitude que, sous la grâce, nous aurons tout ce qu’il faut pour accomplir Son dessein.


Il comble nos besoins les plus essentiels, direction, subsistance, paix, protection.


2. Le repos et le rafraîchissement


« Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux tranquilles. »


Le Berger connaît les besoins de ses brebis. Il ne les force pas à une marche épuisante. Il offre le repos dans « de verts pâturages », lieux de nourriture abondante et de sécurité, où la brebis peut se rassasier sans crainte.


Et Il conduit « près des eaux tranquilles ».


L’eau, c’est la vie, l’essentiel.


Mais une eau tumultueuse effraie, peut noyer.


Le Berger mène vers des eaux paisibles, où la brebis boit sans danger, se rafraîchit sans peur.


N’est-ce pas là l’image du rafraîchissement qu’Il donne à notre âme fatiguée ?


Il nous conduit à Sa Parole, à Sa présence, dans la prière — sources d’eaux vives qui restaurent notre être intérieur.


La restauration et la direction. « Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, à cause de son nom. »


Le voyage continue. Même les brebis bien soignées peuvent s’épuiser, s’égarer, se blesser.


Le Berger ne donne pas seulement du repos.


« Il restaure mon âme ».


Il guérit les blessures intimes, renouvelle les forces épuisées, relève l’espérance perdue.


Et Il ne restaure pas pour nous laisser inertes. Il nous conduit.


Mais pas sur n’importe quels chemins, pas par des raccourcis périlleux.


Il conduit « dans les sentiers de la justice » — chemins droits, alignés sur Son caractère saint, qui mènent à la vie pleine et à la communion avec Lui.


Et Il le fait « à cause de son nom ». Son soin ne dépend pas de notre perfection, mais de Sa fidélité, de la gloire de Son Nom.


Il conduit parce qu’Il est Bon, Fidèle et Juste.


3. La présence dans les ténèbres


« Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ta houlette et ton bâton me rassurent. »


Voilà la réalité : ce ne sont pas toujours les pâturages verts et les eaux tranquilles.


Il y a les vallées, profondes, obscures.


« La vallée de l’ombre de la mort » — la maladie, le deuil, la perte, la dépression, la crise, la persécution, l’angoisse de l’inconnu.


Là où la lumière semble absente, où le danger paraît imminent.


Mais voyez la différence que fait le Berger !


Le psalmiste ne dit pas « si je marche », mais « quand je marche ». Il reconnaît l’inévitable.


Pourtant, la déclaration qui suit est d’une puissance fulgurante :


« Je ne crains aucun mal ». Pourquoi ? « Car tu es avec moi ».


Ce n’est pas l’absence de la vallée, c’est la présence du Berger dans la vallée qui chasse la peur.


Il ne promet pas de détour, mais une compagnie inébranlable.


Et Il est équipé : « Ta houlette et ton bâton me rassurent ».


La houlette pour défendre, le bâton pour secourir, redresser, soutenir.


Sa présence active est notre réconfort, même dans les ténèbres les plus denses.


La provision en présence des ennemis.


« Tu dresses devant moi une table, en face de mes adversaires ; tu oins d’huile ma tête, et ma coupe déborde. »


L’image change radicalement.


De la vallée sombre, nous passons à un banquet ! Le Berger devient Hôte généreux.


Il « dresse une table » — place d’honneur, repas abondant, lieu de célébration.


Mais le détail est saisissant : « En face de mes adversaires ». Les dangers n’ont pas disparu ; ils sont là, observant.


Mais ils sont impuissants. Ils ne peuvent atteindre la brebis, tant qu’elle est sous la protection directe du Berger-Hôte.


Il ne donne pas seulement le nécessaire ; Il honore : « Tu oins d’huile ma tête » — signe de joie, de consécration, de soin particulier.


Et la provision surabonde : « Ma coupe déborde ».


Sous les soins de Dieu, même entourés d’adversités, nous connaissons Sa grâce surabondante, Sa joie débordante, Son honneur inattendu.


La sécurité éternelle. « Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie, et j’habiterai dans la maison de l’Éternel jusqu’à la fin de mes jours. »


Conclusion. Le psaume culmine dans une certitude, 

qui embrasse le présent et se projette dans l’éternité


Deux réalités divines nous poursuivent : « le bonheur et la grâce », ou « la bonté et la fidélité » .


Ce ne sont pas des sentiments passagers, mais des attributs fidèles de Dieu, qui nous accompagnent activement « tous les jours ».


Dans les verts pâturages, dans la vallée obscure, au banquet sous les regards hostiles, Sa bonté et Sa grâce sont notre ombre constante.


Et ce voyage ne s’achève pas à la mort. Il culmine dans la présence éternelle.


« J’habiterai dans la maison de l’Éternel jusqu’à la fin de mes jours » — pour toujours.


Attention : pour moi, pour vous. Une invitation à chacun, à chacune, à notre église.


Le parcours de la brebis confiante s’achève non dans une bergerie terrestre, mais dans la maison même du Berger, en communion éternelle avec Lui.


Le Psaume 23 n’est pas un conte promettant une vie sans nuages.


C’est la réalité profonde d’une existence vécue sous la grâce.


C’est une invitation à :


Reconnaître — « L’Éternel est mon Berger. » Que cela devienne votre confession personnelle.


Reposer — Confiez-vous à Ses soins, dans les verts pâturages comme dans la vallée.


Suivre — Laissez-vous conduire dans les sentiers de la justice.


Réconforter - souvenez-vous, Sa présence est constante. La houlette et le bâton sont à l’œuvre.


Célébrer — Remarquez Sa provision abondante, l’honneur qu’Il vous fait. Votre coupe déborde !


Confier — La bonté et la grâce divines vous accompagnent aujourd’hui, et votre destinée est la maison du Père, pour toujours.


Que la certitude de ce psaume remplisse vos cœurs de paix, de courage et d’une gratitude profonde.


Que nous puissions, comme des brebis confiantes, nous reposer, suivre et triompher sous les soins infaillibles de notre Bon Berger, Jésus-Christ, qui a donné Sa vie pour Ses brebis.


Que l’amour, la grâce et la paix de Dieu le Père, de Jésus le Fils et du Saint-Esprit soient avec chacun de vous, maintenant et à jamais.


Amen.





Négritude et mémoire

Négritude et mémoire : pour se souvenir des tombés

Jorge Pinheiro

João Alberto Silveira Freitas, 40 ans, a été battu à mort par des agents de sécurité de supermarché  à Porto Alegre (RS), la veille du Jour de la Conscience noire. Le soudeur João Beto, comme l’appelaient ses amis, vivait dans une communauté de la Vila Farrapos, dans le nord de la capitale gaúcha. Marié, il laisse son épouse, l’auxiliaire de vie Milena Borges Alves, 43 ans, et quatre enfants.

« Se savoir noire, c’est vivre l’expérience d’avoir été massacrée dans son identité, confondue dans ses perspectives, soumise à des exigences, contrainte à des attentes aliénées. Mais c’est aussi, et surtout, l’expérience de s’engager à ressaisir son histoire et à se recréer dans ses potentialités. » Neusa Santos Souza, Devenir Noir – Les Vicissitudes de l’Identité du Noir Brésilien en Ascension Sociale, Rio de Janeiro, Graal, 1983, pp.17-18.

Il y a quelques années, parmi tant d’autres, une combattante est également tombée. Et nous allons ici nous souvenir d’elle, comme un moment de mémoire et un symbole des Noirs et des Noies déterrés, esclavagisés et tués par le racisme.

Neusa Santos Souza, psychiatre, ancienne militante de la Ligue ouvrière, et collaboratrice du cahier Afro/Amérique latine de la revue Versus, s’est suicidée le 20 décembre 2008, dans l’après-midi. Militante noire, auteure de Devenir Noir, elle était docteure en médecine sociale et travaillait dans le domaine de la santé mentale comme clinicienne, thérapeute et professeure d’université. Une personne aimée et admirée.

La Terre est toujours ton négrier, ton carcan

« Tu es le fou de l’immortelle folie, / le fou de la folie la plus suprême. / La Terre est toujours ton négrier, ton carcan, / l’extrême Infortune t’y enchaîne. / Mais ce même carcan d’amertume, / mais cette même Infortune extrême / fait que ton âme, en suppliant, gémit / et éclate en étoiles de tendresse. » (“Le marqué”, Cruz e Souza, première et deuxième strophes).

En parcourant les chemins des brésilités au cours des trois derniers siècles, nous trouvons les racines qui expliquent la misère de la nation. Les drapeaux de l’émancipation, de la démocratie et de la justice sociale restent aussi urgents aujourd’hui qu’autrefois. Aujourd’hui, 120 ans après le décret qui a reconnu le droit du peuple noir à la liberté, l’idéologie de l’occultement est toujours présente.

Pour comprendre la culture afro-brésilienne, il est important de saisir la religiosité africaine des orixás. Malgré sa diversité régionale, la matrice africaine de la religion des orixás traduit, dans son ensemble, la culture de la famille clanique, issue d’un même ancêtre, qui englobe les vivants et les morts.

L’orixá est l’ancêtre divinisé qui, de son vivant, a établi des liens lui garantissant le contrôle sur certaines forces de la nature. Le pouvoir de cet ancêtre, après sa mort, peut s’incarner, pour une courte période, en l’un de ses descendants par le biais d’une possession provoquée. Il est intéressant de noter que la mort de ces ancêtres ne survenait pas naturellement, mais au milieu d’événements impliquant passion ou colère.

En ce moment de crise émotionnelle provoquée par la colère et d’autres sentiments violents, ils subissaient des métamorphoses, leurs corps étaient consumés par la passion, ne laissant d’eux que le pouvoir. Mais pour que ce pouvoir puisse être approprié par leurs descendants, il était nécessaire que des membres de la famille enterrent une jarre dans le sol, d’environ les trois quarts de sa hauteur. Dans cette jarre, ils recueilleraient le pouvoir de l’orixá, qui recevrait alors des offrandes et le sang des holocaustes. Ce culte unissait hommes et femmes à l’orixá, et ses émanations étaient représentées par une pierre, un galet de rivière ou par des symboles tels que des outils ou un arc et des flèches. Ainsi, le pouvoir de l’orixá ne devenait perceptible que par l’incorporation, ce qui permettait à l’orixá de revenir sur terre pour recevoir les marques de respect de ceux qui l’invoquaient.

Dans les cultes à l’ancêtre, en s’incorporant, l’orixá retrouvait sa personnalité avec ses qualités et défauts, ses goûts, ses tendances, son caractère agréable ou agressif. Pendant les cérémonies, les orixás dansaient avec leurs descendants, écoutaient leurs plaintes, résolvaient leurs différends et consolaient leurs infortunes. De cette manière, le monde des orixás n’était ni éloigné du fidèle, ni supérieur.

Dans les religiosités africaines, les orixás étaient liés aux communautés et aux nations, et les cultes étaient régionaux, voire nationaux. Les cultes étaient assurés par les prêtres, et les autres membres de la famille ou de la communauté n’avaient d’autre devoir que de contribuer à l’entretien et au financement du culte, pouvant participer aux chants, danses et fêtes accompagnant les célébrations. Ils devaient toutefois respecter les interdits alimentaires et autres liés au culte de leur orixá.

Avec la traite des esclaves, les orixás furent amenés au Brésil avec leurs descendants et restèrent liés aux familles qui vinrent ici ou qui s’y formèrent. Et les prêtres des orixás continuèrent à assurer le culte pour ces familles et communautés.

Aujourd’hui, bien que les non-afrodescendants ne puissent revendiquer des liens de sang avec les orixás, il peut exister des affinités qui favorisent le culte. Afrodescendants et non-afrodescendants, pour les prêtres des cultes aux orixás, ont des archétypes communs, comme la virilité, la féminité, la sensualité, l’indépendance ou le désir d’expiation, qui correspondent à ceux d’un orixá. Ainsi, cette religiosité ancestrale a trouvé sa place dans les terreiros et les communautés de descendance noire, marquant une présence définitive dans la multiculturalité brésilienne.

Le travail pour la mort

Joaquim Nabuco fut le premier Brésilien à présenter une vision globalisante de la formation historique et du rôle de l’africanité au Brésil. Il le fit dans un petit ouvrage de propagande : L’Abolitionnisme. Il y montra que l’esclavage, qui dura trois siècles, ne constituait pas un phénomène parmi d’autres, devant être analysé à égalité de conditions avec la monoculture et la grande propriété agricole.

Pour Nabuco, c’est l’esclavage qui a formé le Brésil en tant que nation. Il est l’institution qui éclaire la compréhension du passé. Et c’est à partir de lui que se sont définis chez nous l’économie, l’organisation sociale, la structure de classes, l’État, le pouvoir politique et la culture elle-même. L’esclavage a été le protagoniste par excellence de l’histoire brésilienne. L’autoritarisme si typique de l’élite, la difficulté à construire la citoyenneté et l’exclusion sociale sont intimement liés à ces trois cent soixante-dix ans d’esclavage et sont les héritages tragiques de la brésilité. Ainsi, l’esclavage a engendré la misère et l’exclusion.

Nous devons comprendre que nos cultures sont relationnelles, ce qui signifie que les relations entre les classes apparaissent de manière diffuse, sur la base de rapports sociaux apparemment peu interventionnistes face à une société civile naissante, où l’interaction entre le public et le privé se montre flexible et amorphe. C’est pourquoi, dans ces cultures, les relations au sein des classes et, souvent, entre elles, se révèlent plus gratifiantes que les motifs et les fins qui ont donné naissance à ces relations. Dans nos cultures relationnelles, les codes doivent être compris à partir d’une double clé : il est nécessaire de partir des matrices anthropologiques, mais on ne peut oublier les pressions globalisatrices. Et les matrices anthropologiques ont été construites à partir de la polarité de deux mondes et de deux réalités qui ont leurs origines dans l’esclavage : la maison, en tant que dimension sociale imprégnée de valeurs, d’espaces exclusifs et de lieu moral, et la rue, en tant que mouvement, travail, tripalium.

Le tripalium est à l’origine du mot travail. C’était un instrument à trois piquets utilisé pour fixer les animaux lorsqu’on souhaitait pratiquer des interventions vétérinaires ou les marquer au fer. Il fut utilisé par les Romains, puis au Moyen Âge et ensuite importé par les colonisateurs portugais. Il était utilisé dans les fermes brésiliennes pour maîtriser les esclaves lorsqu’ils étaient punis ou marqués au feu. Cette situation traduit la relation existant entre maîtres et esclaves. L’affirmation anthropologique du père Antonil, notre premier économiste, en 1711, selon laquelle « le Brésil est un enfer pour les Noirs, un purgatoire pour les Blancs et un paradis pour les mulâtres » n’est pas un constat biologique. C’était un enfer pour les Noirs car pour eux il n’y avait d’espoir que la mort, généralement prématurée. Pour les Portugais, c’était le purgatoire car ceux-ci croyaient en la possibilité de faire fortune et de revenir au Portugal. Au milieu de tant de malheur, c’était un paradis pour les mulâtres car ceux-ci, déjà libres de l’esclavage, pouvaient circuler entre Blancs et Noirs, gagnant en importance sociale grâce au rôle médiateur qui leur était confié.

Ainsi, le paradis est ici défini comme le résultat d’une relation culturelle. Locus du mulâtre ou de la mule, animal ambigu, hybride, incapable de se reproduire en tant que tel. Malgré la grossièreté raciste du terme, ce sont ces hommes et ces femmes métis qui rompront ici la dualité culturelle, si typique des communautés calvinistes de l’autre Amérique.

L’expression mulâtre, raciste et colonialiste, a conduit à l’expression pardo (brun), qui fut officiellement adoptée lors du recensement de 1872 dans le but de comptabiliser séparément les Noirs captifs, qu’ils soient Africains ou descendants, des Noirs nés libres ou affranchis, qu’ils soient Noirs ou descendants. Et le terme est entré dans le langage officiel, associé à l’identité métisse, mais pas nécessairement associé à l’afrodescendance.

Ainsi, avec la construction de la multiculture afro-brésilienne et avec les afrodescendants, se produisent des moments de synthèse qui traduisent des cultures relationnelles. Un excellent exemple est Macunaíma, un héros sans aucun caractère, de Mário de Andrade. Dans les pays de culture protestante, bourgeoise, le négatif est ce qui se trouve au milieu. Ici, ce qui est au milieu est la vertu.

Antonio Manzatto, analysant l’anthropologie des personnages d’Amado, dit que Jorge Amado va au-delà du régionalisme et réalise une synthèse des identités du Brésilien : il dépasse les cadres esthétiques de la littérature pour formaliser les bases des cultures relationnelles brésilindiennes et afro-brésiliennes, bien qu’il ne critique pas ce qui se cache derrière et en dessous de l’apparente cordialité du Brésilien. Les cultures relationnelles cachent l’injustice sociale et l’oppression sexuelle. Nous affirmons que le Brésil a été formé par des matrices culturelles : Blancs, Indiens et Noirs, ce qui, filtré par les cultures relationnelles, conduit à une illusion, un mensonge, comme si Blancs, Indiens et Noirs avaient choisi la construction du pays. La vérité est que les Portugais blancs et aristocratiques ont exterminé les Indiens et réduit les Noirs en esclavage. Mais de ce broiement de peuples, d’ethnies, de couleurs et de cultures sont nées les brésilités présentes dans chaque coin de ce pays, avec des richesses particulières, des diversités qui forment la multiculturalité afro-brésilienne.

La vie comme utopie

Claude Lévi-Strauss dans Le Cru et le Cuit nous amène à découvrir, par le biais d’une approche structuraliste, combien le passage de l’alimentation crue à la cuite a été déterminant dans le développement de l’humanité. À partir du titre d’inspiration culinaire, Lévi-Strauss se réfère aux exigences du corps et aux liens élémentaires que l’être humain entretient avec le monde. À travers l’opposition apparemment triviale entre le cru et le cuit, il présente la force logique d’une mythologie de la cuisine, telle que conçue par les indigènes sud-américains. Puis, il met en lumière les propriétés générales de la pensée mythique, où nous découvrons une philosophie de la société et de l’esprit. Et il est intéressant que cette pensée mythique vienne imprégner la multiculture relationnelle brésilienne.

Au Brésil, il existe des codes relationnels qui traduisent une équivalence entre nourriture et sexualité, qui ont pour fondement le plaisir, et présentent de nouveaux paramètres pour le cru et le cuit, reliant aliment, nourriture et sexe. Pour la multiculture brésilienne, l’aliment est ce qui maintient les êtres vivants, la nourriture, ce qui donne du plaisir, et le sexe est toujours un type de nourriture. L’aliment est général et universel, mais la nourriture donne une identité et, par conséquent, celui qui mange a le contrôle. L’aliment cru par excellence est la salade, quelque chose de peu savoureux, sans grands attraits, contrairement à la nourriture qui est bien cuite, comme la bouillie ou le pirão (purée de farine de manioc). L’aliment est ce qui est difficile à avaler, tandis que la nourriture est le riz avec des haricots, l’une des synthèses des brésilités. Héritiers que nous sommes des cultures des diverses communautés indigènes et des Angolais, Benguelas, Jejes, Nagôs et autres, où le soin de la préservation de la vie de la communauté incombait à la femme, dans la multiculture afro-brésilienne, c’est elle qui fait le mélange et qui donne la nourriture. C’est pourquoi, pour Amado, la femme est Dona Flor, cuisinière de moqueca, agençant les épices, le lit et la table. Ou Gabriela, œillet et cannelle.

Dans la multiculture relationnelle afro-brésilienne, le temps vécu dispute avec le temps rappelé. Le temps vécu est la rue, le mouvement, le tripalium. Le temps rappelé est le rêve, ce qui a été et qui devrait continuer à être. Le temps vécu est la sueur et la fatigue. Et la fête est la rupture du temps vécu. C’est le moment où le corps cesse d’être usé par le tripalium et est dépensé par le plaisir. C’est peut-être pour cela que le plus grand événement relationnel de l’afro-brésilité est le carnaval. C’est le moment de l’envers. On échange le jour contre la nuit, la maison contre la rue. La règle est l’excès. Ce n’est pas une fête de masques, mais de déguisements. C’est une lecture de la liberté considérée comme la fin des règles et des conventions. On vit la fin de la misère, la fin de l’esclavage, la fin du pilori. C’est l’utopie socialiste en version afro-brésilienne, où nous sommes tous égaux devant la possibilité du plaisir.

Ces codes des afro-brésilités cheminent aux côtés de la question raciale. La solution relationnelle à l’injustice sociale a été le métissage et à l’oppression sexuelle, le syncrétisme. L’opposition entre les cultures latines, les cultures indigènes et les cultures noires ne s’est pas rendue irréconciliable, mais a donné naissance à une diversité de synthèses, à la multiculture populaire afro-brésilienne. Cette multiculture métisse est comprise comme la manière pour l’Afro-Brésilien de vivre la vie, son goût pour la fête, la musique, la danse, la nourriture et le sexe. Elle montre une façon de vivre où la vie n’est pas quelque chose d’achevé et de défini, mais qui se construit dans le concret du quotidien vécu. C’est une caractéristique très particulière de la multiculture afro-brésilienne, dans laquelle la vie doit être réélaborée chaque jour. Ce ne sont pas des formes multiculturelles fixes, mais elles se modifient au fur et à mesure que l’on vit. Ces données sont fondamentales pour comprendre la question de l’identité de l’Afro-Brésilien. Son identité n’existe pas comme quelque chose de donné. L’identité aussi se construit et les éléments extérieurs et les pressions les plus récentes, c’est-à-dire globalisatrices, sont ingérés et vécus dans le présent que l’on vit.

Le concret et l’immédiat de la vie de l’Afro-Brésilien l’amènent à être une personne relationnelle. Plus que d’être situé face aux choses et à la nature, l’accomplissement de l’Afro-Brésilien en tant que personne se fait à travers la relation. Ainsi, il ne se considère pas prisonnier du destin, des forces des choses ou de la nature. C’est un être qui cherche des alliés, que ce soit pour la réalisation de ses plaisirs, ou pour faire face aux défis imposés par des éléments ou des réalités étrangères à son quotidien. Cette recherche d’alliances, l’Afro-Brésilien l’appelle amitié et camaraderie. Et s’il peut entrer en relation avec ses pairs, il peut aussi le faire avec la transcendance. Pour l’Afro-Brésilien, entrer en relation avec le transcendant ne signifie jamais une négation de l’humain. D’où l’intimité qu’il semble avoir avec la divinité. Et les religiosités afro-brésiliennes, nées du syncrétisme, sont plus qu’un mécanisme d’adaptation des déterrés et des esclavagisés au milieu urbain. Ces religiosités sont le fruit des transformations survenues dans le pays.

De cette manière, tant l’idéal de liberté que d’autres caractéristiques de l’Afro-Brésilien traduisent une profonde dimension collective. Ce qui n’élimine ni ne massacre sa personnalité, mais, dans la plupart des cas, lui permet de l’affirmer. Et le massacre de son identité n’arrive pas parce que l’Afro-Brésilien est collectif et communautaire, mais parce qu’il ne survalorise pas les structures sociales. En méprisant les structures, en refusant toute réduction au rôle de simple rouage, il réaffirme l’amitié et la solidarité comme formateurs du collectif. Pour lui, la liberté, l’amitié et la solidarité se réalisent dans la communauté. Il est difficile d’imaginer l’Afro-Brésilien solitaire. Au contraire, l’image culturelle et sociale que nous avons de lui, et que toute la multiculture populaire reflète, est celle de l’homme et de la femme entourés d’amis, de connaissances et de parents. Sa religiosité est toujours collective. Et sa spiritualité a une teinte communautaire, que l’on parle de l’umbanda ou du pentecôtisme populaire.

Pour l’Afro-Brésilien, la religion ne peut pas être vécue individuellement. L’idée que la religion est une affaire de conscience intime est une abstraction blanche, calviniste ou tridentine. Au contraire, dans la multiculture afro-brésilienne, tout le monde discute de la religion de l’autre, donne son avis et veut le voir avec lui dans la même communauté. Et pour ce qui est des fêtes, cela ne pourrait être différent. Et la fête implique la nourriture, la musique et la danse. Dans des conditions normales, l’Afro-Brésilien ne mange ni ne boit seul. La communauté est l’espace où sa personnalité et sa créativité atteignent les plus hauts niveaux.

Des raisons géographiques, historiques et raciales, au cours des trois derniers siècles, ont conduit à plonger dans l’inconnu et ont façonné chez l’Afro-Brésilien cette attirance pour l’aventure et le risque. L’Afro-Brésilien aime le défi, non pas comme un futur planifié, mais comme un espace pour la créativité. Pour lui, le défi est toujours de se lancer dans l’aventure de la rupture des règles, c’est dire non aux conventions et survivre par le courage. Lorsqu’il relève ces défis, qui vont de la survie sur le trapèze de l’économie informelle à la transformation en Mané Garrincha sur les pelouses du monde, il modèle en fait son identité. Il ne craint pas de plonger dans les défis de la culture blanche et mondialisée.

L’aventure implique la possibilité de l’échec. Et l’échec fait partie du risque. Mais en vivant la dialectique de ce mouvement, l’Afro-Brésilien construit son identité, même à un prix très élevé. En vérité, c’est en agissant ainsi qu’il se sent libre et donne des ailes à sa créativité, sans se soucier de la construction du futur. Et s’il n’en était pas ainsi, nous ne serions pas en présence de l’Afro-Brésilien. La difficulté à globaliser l’Afro-Brésilien réside là : dans la cosmovision selon laquelle la vie humaine doit être comprise comme aventure et risque. Comme quelque chose qui ne peut pas être planifié, organisé, dimensionné, mais vécu. De cette manière, vivre, c’est être ouvert au nouveau, au défi, à ce qui n’a pas encore été vécu, ni même planifié de vivre. L’action anthropologique de l’Afro-Brésilien naît de la possibilité de choisir la vie qu’il rêve de vivre, qu’il a la liberté de choisir de vivre.

Nous vivons les aventures et les possibilités de l’utopie. Neusa, peut-être épuisée par tant de luttes, a choisi le moment de se retirer d’elles. Une femme noire qui a mené son combat est tombée ! João Beto a été massacré par le racisme. Symboles de ces peuples déterrés, esclavagisés hier et aujourd’hui, demeure le rêve noir de la liberté : la ressaisie de l’histoire, la citoyenneté et la plénitude des droits.

La Réforme Protestante

La Réforme protestante et la France en production

Jorge Pinheiro

Introduction

La Réforme protestante a commencé au XVIe siècle, au milieu de diverses révoltes contre l'Église catholique. Les réformateurs (ou protestants) croyaient que l'Église était davantage préoccupée par le pouvoir et l'argent que par le salut des personnes, et qu'elle devait être réformée. Au début du XVIe siècle, le moine allemand Martin Luther, adoptant les idées des pré-réformateurs, prononça trois sermons contre les indulgences en 1516 et 1517. Le 31 octobre 1517, les 95 thèses furent affichées sur la porte de l'église du château de Wittenberg, avec une invitation ouverte au débat. Cet événement est considéré comme le début de la Réforme protestante. Luther fut l'une des figures clés de cette réforme. Il créa ce que l'on appelle les « 95 thèses », qui critiquaient les abus de l'Église catholique et mirent le monde religieux en ébullition.

Ces thèses condamnaient « l'avarice et le paganisme » dans l'Église et appelaient à un débat théologique sur la signification des indulgences. Les 95 thèses furent rapidement traduites en allemand et largement copiées et imprimées. Après un mois, elles s'étaient répandues dans toute l'Europe.

Les 95 thèses de Luther formèrent ce manifeste en 95 points. Il déclarait que :

· La rédemption est un don de Dieu, pas quelque chose que l'on peut acheter.

· Les papes ne sont pas des autorités au-dessus de l'Écriture.

· Tous les chrétiens devraient avoir accès à la Bible, pas seulement les prêtres.

· La foi, et non les bonnes œuvres, sauve une personne.

Et aussi que :

· Les gens sont pardonnés par la grâce de Dieu, non par les œuvres qu'ils accomplissent.

· Les clercs doivent être pauvres, simples et humbles.

· L'Église doit être pure et ouvrir ses trésors pour aider les pauvres.

· Il n'est pas nécessaire d'avoir des saints intermédiaires, car tous les chrétiens ont un accès direct à Dieu par Jésus.

Ainsi, les cinq « solas » de Luther devinrent fondamentaux pour le protestantisme :

· Sola scriptura (la Bible est la seule autorité divine)

· Sola fide (le salut vient par la foi)

· Sola gratia (le salut est gratuit, on ne peut pas le gagner)

· Solus Christus (Jésus-Christ est le seul sauveur)

· Soli Deo gloria (toute gloire appartient à Dieu)

Les luttes de Luther avec le catholicisme

Après divers événements, en juin 1518, une procédure fut ouverte par l'Église romaine contre Luther à la suite de la publication de ses 95 thèses. L'examen de la procédure alléguait qu'il tombait dans l'hérésie. Après cela, en août 1518, la procédure fut modifiée en hérésie notoire. Finalement, en juin 1520, la menace réapparut dans l'écrit Exsurge Domini et, en janvier 1521, la bulle Decet Romanum Pontificem excommunia Luther. En raison de ces événements, Luther fut exilé au château de Wartburg à Eisenach, où il resta environ un an. Pendant cette période de retraite forcée, Luther travailla sur sa traduction de la Bible en allemand, dont le Nouveau Testament fut imprimé en septembre 1522.

Pendant ce temps, au sein du clergé saxon, des renoncements au vœu de chasteté eurent lieu, tandis que d'autres attaquaient les vœux monastiques. Entre autres choses, beaucoup échangèrent les formes d'adoration et mirent fin aux messes, ainsi qu'à l'élimination des images dans les églises et à l'abrogation du célibat. En même temps, Luther écrivait « à tous les chrétiens pour qu'ils se gardent de l'insurrection et de la rébellion ». Son mariage avec l'ex-religieuse cistercienne Catherine de Bore encouragea le mariage d'autres prêtres et religieuses qui avaient adopté la Réforme. Par ces actes et d'autres, la rupture définitive avec l'Église romaine fut consommée. En janvier 1521, la Diète de Worms eut lieu, qui joua un rôle important dans la Réforme, car Luther y fut convoqué pour rétracter ses thèses ; cependant, il les défendit et demanda la réforme.

Toute cette rébellion idéologique aboutit également à des rébellions armées, notamment la guerre des Paysans (1524-1525). Cette guerre fut, à bien des égards, une réponse aux discours de Luther et d'autres réformateurs. Des révoltes paysannes avaient déjà eu lieu à petite échelle en Flandre (1321-1323), en France (1358), en Angleterre (1381-1388), pendant les guerres hussites du XVe siècle, et bien d'autres jusqu'au XVIIIe siècle. Mais de nombreux paysans jugèrent que les attaques verbales de Luther contre l'Église et sa hiérarchie signifiaient que les réformateurs soutiendraient également une attaque armée contre la hiérarchie sociale. Il n'en fut rien : Luther condamna cette révolte armée.

En 1530, la Confession d'Augsbourg, écrite par Philippe Mélanchthon avec le soutien de la Ligue de Smalkalde, fut présentée à la Diète impériale convoquée par l'empereur Charles V en avril de cette année. Les représentants catholiques à la Diète décidèrent de préparer une réfutation du document luthérien en août, la Confutatio Pontificia (Confutation), qui fut lue à la Diète. L'empereur exigea que les luthériens admettent que leur Confession avait été réfutée. La réaction luthérienne vint sous la forme de l'Apologie de la Confession d'Augsbourg, qui était prête à être présentée en septembre de la même année, mais fut rejetée par l'empereur. L'Apologie fut publiée par Philippe Mélanchthon à la fin mai 1531, devenant une confession de foi officielle lorsqu'elle fut signée, avec la Confession d'Augsbourg, à Smalkalde en 1537.

En même temps que se déroulait une réforme dans un sens déterminé, certains groupes protestants réalisèrent ce qu'on appelle la Réforme radicale. Ils voulaient une réforme plus profonde. Les anabaptistes furent une partie importante de cette réforme radicale, dont les principales caractéristiques étaient la défense de la séparation totale entre l'Église et l'État et le « nouveau baptême » (qui en grec est anabaptizo).

Alors qu'en Allemagne la réforme était menée par Luther, en France, la Réforme eut comme leader Jean Calvin.

Un réformateur français

Jean Calvin fut d'abord un humaniste. Il ne fut jamais ordonné prêtre. Après son éloignement de l'Église catholique, cet intellectuel commença à être considéré comme un représentant important du mouvement protestant. Victime des persécutions contre les huguenots en France, il s'enfuit à Genève en 1533 où il mourut en 1564. Genève devint un centre du protestantisme européen et Jean Calvin reste depuis lors une figure centrale de l'histoire de la ville et de la Suisse. Calvin publia L'Institution de la religion chrétienne, qui est une référence importante pour le système de doctrines adopté par les Églises réformées.

Le protestantisme arriva en France par l'intermédiaire de théologiens et d'intellectuels français qui apportèrent au pays les idées réformistes de Luther et d'autres leaders protestants. Le protestantisme gagna rapidement en popularité, notamment parmi la classe intellectuelle et la bourgeoisie urbaine. Mais l'adaptation de l'Église catholique, qui détenait un grand pouvoir politique et économique, conduisit à un conflit aigu connu sous le nom de guerres de Religion.

Outre Calvin, la France produisit de grands penseurs protestants, tels que :

· Michel de L'Hospital, qui était un diplomate et écrivain et écrivit un livre célèbre intitulé Le Prince, qui discutait de la manière dont le pouvoir devrait être utilisé.

· Pierre Viret, un théologien et orateur célèbre qui aida à répandre la doctrine protestante dans le sud de la France.

· Guilhem de Castres, un évêque qui se convertit au protestantisme et devint un leader important du Renouveau français.

La guerre des Religions

La guerre des Religions en France dura 36 ans, de l'année 1562 à l'année 1598. Ce fut une série de huit conflits entre factions protestantes et catholiques en France qui s'acheva lorsque le roi Henri IV, un protestant, se convertit au catholicisme au nom de la paix. Les protestants en France furent persécutés pendant la guerre, beaucoup étant expulsés du pays ou exécutés. Mais, à la fin, la guerre aboutit à une certaine tolérance religieuse, les catholiques et les protestants devant coexister en paix.

Les problèmes avec les huguenots ne prirent fin que lorsque le roi Henri IV, un ancien huguenot, promulgua l'édit de Nantes, déclarant la tolérance religieuse et promettant une reconnaissance officielle de la minorité protestante, mais sous des conditions très restrictives. Le catholicisme demeura la religion officielle de l'État et la fortune des protestants français diminua progressivement au cours du siècle suivant, culminant avec l'édit de Fontainebleau de Louis XIV, qui révoqua l'édit de Nantes et fit du catholicisme la seule religion légale en France.

La Réforme eut un impact profond sur la France. Tout en contribuant à un sentiment croissant de mécontentement à l'égard de l'Église catholique et de la monarchie, la Réforme aida également à forger l'idée d'égalité et de droits individuels, qui seraient des idéaux essentiels de la Révolution française. Par exemple, la Révolution établit une nouvelle constitution qui déclarait les droits de l'homme, y compris la liberté de religion et l'égalité devant la loi. Sans la Réforme, il est improbable que la France ait été le même pays.

Les réformés avant la Réforme

Une question se pose : où était l'Église non catholique avant les huguenots ? Les protestants réformés eurent différents ancêtres. Le premier fut le réformateur tchèque Jan Hus, qui s'éleva contre les indulgences du catholicisme. Luther connaissait les écrits de Hus, mais ne les appréciait pas, car Hus était fier de ses actions. Jusqu'en 1520, Luther pensa qu'il pourrait être hussite, mais il constata que ses critiques envers l'Église de Rome étaient plus profondes que celles de Jan Hus.

Vinrent ensuite les vaudois, héritiers de la pensée de Pierre Valdo. C'était un riche marchand. Vers 1170, il entendit un passage de la vie de saint Alexis raconté par un troubadour. Ce récit le conduisit au désir de suivre le Christ pauvre. Il remit sa propriété à son épouse et suivit l'idéal de pauvreté apostolique. Il commença à prêcher dans les rues de Lyon sans la permission des autorités ecclésiastiques. Lui et ses disciples furent chassés de la ville. Plus tard, lors du synode de Chanforan (1532), beaucoup d'entre eux adhérèrent à la Réforme. Selon des historiens protestants des XVIe et XVIIe siècles, les vaudois étaient apparus avec les premières communautés chrétiennes, avant même Pierre Valdo. Grâce à eux, les Églises réformées françaises purent affirmer leur origine apostolique.

Le troisième groupe fut celui des albigeois ou cathares. Les albigeois aux XIe et XIIe siècles étaient présents dans le sud de la France, en Languedoc, en Provence, et se situaient principalement dans les villes d'Albi (d'où ils tirent leur nom), Béziers, Carcassonne, Toulouse, Montauban, Avignon. Les albigeois se donnèrent eux-mêmes le nom de cathares, « purs ». Ils vivaient une vie simple, sans ostentation, loin des vices, prenant pour modèle les premières communautés chrétiennes. Initialement, les protestants réformés leur étaient hostiles. Mais dans les années 1560, les catholiques accusèrent les protestants d'être identiques aux albigeois, et les protestants adoptèrent ce point de vue vers 1562. Pour eux, la persécution des albigeois permit de mieux penser leur christianisme protestant. Cela signifia un lien direct entre albigeois et réformés.

Tachée de sang huguenot

La France connut un fractionnement religieux violent au XVIe siècle. La majorité du pays était catholique, mais les réformés/huguenots croissaient en nombre et en importance politique et sociale. Le principe de coexistence des deux confessions dans le Royaume échoua.

Voici un exemple de cette violence, qui marque encore aujourd'hui l'histoire française.

Le 22 août 1572, un attentat fut perpétré contre l'amiral de Coligny, protestant (France Antarctique / Baie de Guanabara / Villegagnon / Fort Coligny), alors qu'il quittait le Louvre, où il avait participé au Conseil du roi. L'attaque échoua et l'amiral fut blessé.

Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, un Conseil royal se réunit, au cours duquel il fut décidé d'assassiner l'amiral de Coligny et les chefs huguenots. L'église Saint-Germain-l'Auxerrois sonna la cloche comme signal du début du massacre.

L'amiral fut sauvagement tué chez lui, tandis que d'autres chefs huguenots étaient massacrés au Louvre et dans la ville, surpris la nuit sans possibilité de défense, « tués comme des moutons à l'abattoir », comme l'écrivit Théodore de Bèze.

Pendant trois jours, le meurtre continua à Paris. La violence fut extrême. Des catholiques portant une croix blanche sur leurs chapeaux attaquaient tous les foyers protestants. Les rues devinrent rouges de sang versé. Le nombre de victimes est estimé à 4 000 morts à Paris. Le 26 août, le roi se rendit au parlement et assuma la responsabilité du massacre. Et le pape loua l'action catholique.

Huit guerres se succédèrent sur une période de 36 ans (1562-1598), entrecoupées de périodes de paix fragile. On estime que trois millions de personnes moururent pendant la guerre, par la violence, la faim ou la maladie. Ce fut la deuxième guerre religieuse la plus meurtrière de l'histoire de l'Europe, dépassée seulement par la guerre de Trente Ans, qui tua huit millions de personnes. La guerre des Religions prit fin avec l'édit de Nantes, le 30 avril 1598, qui établit une dualité confessionnelle. Mais à ce moment-là, 200 000 huguenots avaient été tués, autant avaient migré et le reste s'était réfugié dans les montagnes. On estime qu'au début de la guerre, il y avait environ 600 000 protestants en France, sur une population française d'environ 10 millions d'habitants.

La laïcité française a été construite au XIXe siècle lors de la rencontre en présentiel entre catholiques et républicains. Ce corpus juridique garantit la liberté de croire ou non et la séparation entre les communautés ou organisations religieuses et l'État. Le catholicisme a reçu des avantages, un financement public de ses lieux de culte et en partie de ses établissements d'enseignement, sous certaines conditions. Mais il a aussi dû faire face à des limitations, notamment de ses efforts évangéliques et missionnaires à l'intérieur du pays. Cela a entraîné une crise progressive entre 1949 et 1954, une crise des mouvements de jeunesse catholiques entre 1956 et 1965, les conséquences ecclésiales de la crise de mai 68, les débats autour de l'encyclique Humanae Vitae, la dissidence fondamentaliste, le renouveau charismatique et la crise vocationnelle.

Considérations finales

Une enquête de 2009 estime les protestants français à 3 ou 4 % de la population, alors qu'en 1995 une enquête les estimait à 1,5 %, une croissance que le sociologue Jean-Paul Willaime attribue à l'expansion des mouvements évangéliques. L'historien baptiste Sébastien Fath travaille avec des statistiques différentes. Dans l'une, il calcule environ 2,6 millions de personnes, dont 750 000 évangéliques et 1 850 000 luthériens et réformés, y compris la France d'outre-mer. Dans une statistique beaucoup plus restreinte, il considère 600 000 personnes, dont 460 000 évangéliques et 140 000 luthériens et réformés. Ce petit groupe représenterait environ 2 % de la population française et peut être comparé aux 6 à 10 % que représenterait le catholicisme. Toujours d'après Sébastien Fath, il y a en France quatre mille lieux de culte protestants, dont 2 600 évangéliques et 1 400 luthériens ou réformés.






Psaume

Psaume

Seigneur, merci pour ce bal au Paulistano da Glória. Merci pour cette fille avec qui j'ai dansé et bu une bonne bière. Je la veux à mes côtés, je veux qu'elle traduise avec moi la puissance de ton Esprit.

Le Seigneur a chuchoté dans mon oreille gauche et a dit : tes descendants, fidèles à mon alliance, attentifs à ma voix, ainsi que les fils et les filles de ceux-ci, seront sous ma bénédiction. 
Moi, le Seigneur, je bénirai leurs demeures et je vivrai avec eux. Je le veux ainsi. Je les rassasierai de pain et ils auront l'abondance. 
Et Naira, ta compagne, s'en réjouira et t'aimera car elle verra ma puissance. 
Vous serez revêtus de joie et de salut. 
Allez célébrer les jours que je vous donne et vous ferez briller la lumière de mon Oint.

Et Jorge & Naira ont dit amen.