dimanche 21 juin 2026

Matthieu 5.27-30

Prédication sur Matthieu 5.27-30.

 

Introduction : Déranger pour faire grandir 

 

« Si ton œil droit te fait tomber dans le péché, arrache-le et jette-le au loin. » Voilà une parole qui choque. Elle a même fait vaciller plus d’un croyant, qui y voit « de la vengeance et de la haine ». Et si c’était précisément pour cela que Jésus parlait ainsi ? Pour nous faire sortir du moralisme, pour éveiller notre questionnement ? 

 

Une lecture correcte ne cherche pas à appliquer ces versets à la lettre — elle cherche à en comprendre l’esprit, le mouvement, la visée. Elle prend Jésus au sérieux, pas comme un législateur de plus, mais comme un révolutionnaire de l’intériorité. 

 

1. L’adultère du regard : une affaire de pouvoir, pas seulement de désir 

 

Jésus dit : « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. » 

 

La lecture traditionnelle y voit une condamnation du désir sexuel hors mariage. Mais une lecture profonde, attentive au contexte, entend autre chose : Jésus s’adresse à des hommes — des hommes qui ont le pouvoir de regarder, de juger, de posséder. Dans une société patriarcale, le regard masculin est un instrument de domination. La femme est objet, non sujet. 

 

Jésus ne dit pas : « Le désir est mal. » Il dit : Le regard qui réduit l’autre à un objet de satisfaction est déjà une violation. Ce n’est pas une condamnation de la sexualité, mais une critique de l’instrumentalisation de l’autre. 

 

Certaines théologiennes féministes voient dans ce texte une « préoccupation pour des comportements bien en dessous du seuil de la violence sexuelle ». Jésus appelle à une éthique du regard qui respecte la pleine humanité de l’autre. 

 

2. L’hyperbole : une invitation à la métaphore, pas à l’automutilation 

 

« Arrache ton œil, coupe ta main. » 

 

Personne, dans une lecture attentive, ne prend cela au pied de la lettre. Jésus use d’une hyperbole — une exagération volontaire — pour dire quelque chose de radical : ce qui te fait trébucher dans ta relation à l’autre et à Dieu, il faut savoir t’en séparer, même si cela te coûte. 

 

Mais attention : il ne s’agit pas de se mutiler. Il s’agit de désencombrer sa vie des habitudes, des regards, des complicités qui nous empêchent d’aimer vraiment. 

 

Une lecture correcte nous invite à nous demander : Quels sont, dans ma vie, les « yeux » et les « mains » qui me rendent incapable de voir l’autre dans sa dignité ? Est-ce mon rapport aux écrans ? Une certaine culture du viol ordinaire ? Des paroles ou des silences qui entretiennent des rapports de domination ? 

 

3. Une éthique de l’intention, pas une morale de l’interdit 

 

Jésus ne dit pas : « La loi est plus sévère que vous ne le pensiez. » Il dit : La loi ne suffit pas. L’obéissance extérieure ne change rien au cœur. 

 

C’est là un geste réel : déplacer la morale du faire vers l’être. Non pas « que dois-je faire pour être pur ? », mais « qui suis-je en train de devenir dans la manière dont je regarde, dont je désire, dont je relationne ? » 

 

L’enjeu n’est pas la culpabilité. C’est la transformation. Jésus ne veut pas des gens qui obéissent ; il veut des gens qui aiment, librement et pleinement. 

  

4. Une parole pour aujourd’hui : libérer le regard 

 

Dans notre monde saturé d’images, où le corps est constamment exposé, marchandisé, scruté, la parole de Jésus est plus actuelle que jamais. Mais elle ne nous dit pas : « Fuyez le désir. » Elle nous dit : « Apprenez à regarder autrement. » 

 

Regarder sans posséder. 

Désirer sans instrumentaliser. 

Voir l’autre comme un sujet, pas comme un objet. 

 

C’est une éthique de la relation — et c’est peut-être la plus belle des libérations. 

 

Conclusion : La radicalité de l’amour 

 

Ce texte n’est pas un appel à la peur, ni à l’enfer, ni à la mutilation. C’est un appel à prendre au sérieux la puissance du regard, du désir et de l’attention. Jésus nous invite à une vie où chaque regard est un acte de respect, où chaque désir est habité par la reconnaissance de l’autre. 

 

« Mieux vaut perdre un œil que de voir tout son corps jeté en enfer » : l’enfer, ce n’est pas un lieu géographique. C’est la vie qui se rate, la relation qui s’abîme, l’humanité qui se perd. Et Jésus nous dit : tout est à sauver, même si cela demande des choix radicaux. 

 

Alors, qu’allons-nous regarder ? Et comment ? La question est ouverte. Et c’est là que commence la liberté.